Luc Hoffmann (1923-2016) a été un naturaliste passionné pendant toute sa vie, mais également un visionnaire, un philanthrope, un scientifique, un humaniste, et un ami.

Il est rare que le monde ait la chance d’être illuminé par un visionnaire comme Luc. Luc était non seulement farouchement convaincu qu’il fallait protéger la beauté sauvage de notre planète, mais il savait également comment inciter des pays, des continents et des générations entières à changer d’attitude, convertissant ainsi la protection de la nature en un mouvement véritablement global – ceci grâce à son humble et infatigable générosité.

Très peu de gens peuvent se réclamer d’avoir eu un impact aussi considérable sur le monde de la conservation.

Jeunesse et Influences
Luc était le petit-fils du fondateur de Hoffmann-La Roche, la société pharmaceutique maintenant connue sous le nom de Roche. Sa vie aurait ainsi pu prendre une direction très différente de celle qu’il a choisie. Mais Luc était un passionné de la nature et a dévoué sa vie, son travail et ses ressources financières à la protéger.

L’enthousiasme de Luc pour le monde naturel, particulièrement pour les oiseaux, s’est développé pendant son enfance. Il a publié son premier article académique sur le passage des oiseaux de mer aux environs de Bâle en 1941 à l’âge de 18 ans. Cette même année il a commencé a étudié la botanique et la zoologie à l’Université de Bâle. Ensuite, après une période de conscription dans l’armée suisse pendant la guerre, il décroche un doctorat consacré aux différents motifs de couleurs des oisillons de la Sterne pierregarin (Sterna hirundo) en Camargue.

Accomplissements
Charmé par le caractère unique des zones humides de Camargue, Luc créé la station de recherche biologique de la Tour du Valat en 1954. Il y a inspiré et formé des générations d’écologistes, et a entre autres sauvé le Flamant Rose d’extinction en France.

Mais la Tour du Valat n’est qu’une des nombreuses et illustres initiatives de Luc, nées de sa passion pour les oiseaux et la biodiversité. Il s’est consacré à de multiples sites iconiques en matière de biodiversité dans le monde : les lacs de Prespa (Grèce, Macédoine et Albanie), Doñana (Espagne), le Banc d’Arguin (Mauritanie), les Îles Bijagos (Guinée-Bissau), et la Camargue (France).

Bien que Luc fût davantage intéressé par la conservation sur le terrain que par les politiques, il a joué un rôle prépondérant dans la création de certains des piliers de la conservation d’aujourd’hui. Il a été l’un des premiers à reconnaître toute l’importance de la mobilisation des forces à grande échelle – participant ainsi à la création du WWF. Il a été l’un des premiers à souligner qu’il fallait agir au-delà des frontières afin de protéger la faune qui, elle, ignore tout de ces limites – participant ainsi à la création de la Convention de Ramsar sur les Zones Humides. Il a été le moteur derrière la création de Wetlands International, de nombreux bureaux nationaux du WWF, de l’UICN, du PRCM, de la FIBA, et de nombreuses autres organisations.

L’homme
Luc était généreux avec son temps, ses idées, son chez-lui, son cœur. Pouvoir soutenir de jeunes chercheurs dans leur travail et leur donner l’occasion de poursuivre leurs passions était ce qui lui tenait le plus à cœur.

Luc a été un professeur et mentor patient : il a aidé de nombreuses personnes à développer leur potentiel, et a été une source d’inspiration inégalée, faisant naître un sentiment de respect et de loyauté chez ceux qui l’ont côtoyé.

Luc était beaucoup plus qu’un ‘simple’ donateur. Il retroussait ses manches et se mettait au travail, on pouvait souvent le trouver sur le terrain, les pieds dans la boue. Pour lui, la seule manière d’avancer en matière de conservation était de travailler depuis la base.

Luc était tranquille et humble. Il agissait toujours avec sagesse, intelligence et grâce.

L’héritage de Luc
Lorsqu’il a établi la MAVA en 1994, Luc a défini l’approche de la fondation en matière de conservation. Il cherchait avant tout à collaborer et à créer une communauté de partenaires de confiance et de conservationnistes engagés. Il croyait fermement que la science et la recherche étaient des prérequis pour pouvoir obtenir des réussites et que la protection de la nature ne pouvait se faire qu’en unissant les forces et en travaillant ensemble par le biais de partenariats. Son approche est toujours ancrée dans les quatre valeurs de la fondation : fédérer, encourager les actions locales, réagir et s’adapter, persévérer. L’héritage que nous laisse Luc continue à vivre à travers la MAVA et les centaines de projets de conservation qu’elle a soutenus au cours des années.