Tout au long des années qu’il a consacrées à la conservation de la nature, Luc Hoffmann a favorisé la création d’organismes et de programmes pour faire face aux menaces pesant sur certains sites d’importance mondiale. L’essentiel de ce travail se poursuit encore aujourd’hui avec le soutien de la Fondation MAVA, comme en témoignent les exemples ci-après.

La Tour du Valat – une force régionale pour la conservation des zones humides

Tour du Valat : flamingo banding in the fifties
Des décennies avant la naissance de la MAVA, Luc Hoffmann, jumelles au cou, arpente déjà les pâturages mixtes de la Tour du Valat et les zones humides du delta du Rhône en France. En 1947, après plusieurs visites consacrées au baguage des flamants roses (Phoenicopterus roseus) et à l’étude de la riche faune de la région, il acquiert le domaine situé en Camargue. L’inauguration officielle du Centre de recherche a lieu en 1954.

À l’époque, nul n’a conscience de l’ampleur des pressions qui pèsent sur la biodiversité
unique de la région. Au développement touristique s’ajoutent les menaces liées
à l’exploitation non durable des oeufs du grand flamant rose et du drainage des zones
humides pour l’agriculture, mais aussi d’autres travaux d’aménagement.

À cette époque-là, les ornithologues ne disposaient encore que de peu d’informations précises. Je veux dire, d’informations quantitatives … Personne n’avait l’impression que la Camargue était une zone menacée. C’est pourquoi il ne venait encore à l’esprit de personne de défendre la Camargue.“
Luc Hoffmann, Président émérite de la MAVA

 

Tandis que ses scientifiques explorent les complexités de la conservation des oiseaux
d’eau et des zones humides, le Centre de recherche initie une vision à long terme pour
les zones humides. Il aide à établir, puis à accueillir le Bureau International de Recherche
sur les Oiseaux d’Eau (BIROE), qui allait devenir Wetlands International.

La Tour du Valat organise de nombreuses rencontres internationales pour défendre les
fonctions et les valeurs de ses habitats, souvent négligés. Une première conférence
tenue en Camargue énonce les principes de la préservation des zones humides qui
préfigurent la Convention internationale de Ramsar, signée en 1971. L’élargissement du
champ d’action géographique du Centre s’accompagne d’un développement de la
recherche, qui passe de thèmes axés sur les espèces à la gestion des zones humides
dans leur ensemble.

Vingt ans plus tard, la Tour du Valat devient une institution privée de recherche appliquée, qui se consacre à l’intérêt public. Dans les années 1980, elle oeuvre notamment à la mise sur pied de programmes de recherche intégrée sur des espèces et des habitats vulnérables. Son équipe élabore en outre un plan de gestion pour la réserve, une première en France. Au cours de la décennie suivante, un effort particulier est porté à la diffusion des résultats de ses recherches dans tout le bassin méditerranéen. C’est ainsi que le Centre participe, entre autres, à l’Initiative Medwet en cours, qui aide à promouvoir les principes de la Convention de Ramsar et leur adaptation aux sites méditerranéens.

Aujourd’hui, la Tour du Valat concentre ses efforts sur la lutte contre les effets des
pressions grandissantes exercées par l’homme sur les zones humides : diminution de
leur superficie, en particulier au sud et à l’est de la région méditerranéenne, perte ou
dégradation de leurs fonctions écosystémiques dans le reste de la région, et fragmentation des habitats au détriment des espèces.

La Tour du Valat célèbre son 60ème anniversaire en 2014. Un recueil a été publié à cette occasion et donne une excellente vue d’ensemble du travail accompli pendant ces six décennies.

Coto Doñana (WWF-Espagne) – un refuge pour l'un des félins les plus menacés du monde

Doñana National Park, Dunes and Marram Grass
Coto Doñana : un nom qui évoque à lui seul la chaleur chatoyante de l’été andalou, au Sud de l’Espagne.

Les trois écosystèmes distincts du parc – marais, garrigue méditerranéenne, dunes côtières mobiles et plages – accueillent des millions d’oiseaux, migrateurs et nicheurs, dont plusieurs couples de l’espèce classée “vulnérable” sur la liste rouge de l’UICN : l’aigle impérial ibérique (Aquila adalberti). Parmi les espèces terrestres figure le lynx pardelle ou ibérique (Lynx pardinus), en danger critique d’extinction.

Au cours de l’été 1960, José Valverde, jeune ornithologue espagnol, tire la sonnette
d’alarme après avoir été informé d’un projet de drainage à grande échelle pour la
région. De cet appel naît une initiative qui aboutira à l’achat de Coto Doñana
et à son transfert à la jeune section espagnole du WWF, lui-même créé un an
auparavant (voir Luc Hoffmann, l’homme qui s’obstine à préserver la Terre, p. 71-85).

Le Parc national de Doñana est intimement lié aux communautés qui l’entourent. Sa
population actuelle de 200 000 habitants s’inscrit dans une longue lignée de peuples
qui, depuis l’aube des temps, ont marqué de leur empreinte le paysage local. Ce parc est une illustration concrète que le développement durable est difficile, mais possible.

Aujourd’hui, le WWF-Espagne concentre ses efforts sur la restauration des terres
agricoles à leur état original de zones humides, et sur la conservation de l’une des deux dernières populations sauvages de lynx ibériques. La culture des fraises, qui est devenue un pilier de l’économie locale, menace l’eau qui traverse le parc, tant sur le plan
qualitatif que quantitatif. Aussi le WWF-Espagne collabore-t-il aujourd’hui avec des
agriculteurs locaux, d’autres organisations nationales du WWF d’Europe du Nord et des
grandes chaînes de supermarchés. Ses efforts ont déjà permis d’améliorer les pratiques
liées à l’usage illégal de terres, à la gestion de la biodiversité et à la consommation
d’eau, ainsi que d’éloigner des fermes de couloirs de biodiversité existants ou à venir.

La Société pour la protection de Prespa (SPP) – Balkans : une lueur d'espoir pour la nature


Dès les années 1960, des écologistes et des spécialistes de l’environnement relèvent la beauté naturelle et la biodiversité exceptionnelles de Prespa. La Grèce, l’Albanie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine se partagent la région de Prespa, située au coeur des Balkans. Deux lacs forment son noyau – Mikri Prespa et Megali Prespa – dont la richesse naturelle est tributaire de la bonne gestion de leurs vastes bassins versants. Situés à 853 m. d’altitude, ces lacs sont entourés de sommets culminant à plus de 2000 mètres. Ils abritent aujourd’hui la plus grande colonie de pélicans frisés (Pelecanus crispus) au monde, avec plus de 1000 couples reproducteurs.

La conservation du lac Mikri Prespa pose un défi diplomatique de taille. En effet, il
appartient à trois pays dont la politique intérieure et les relations transfrontalières ont
souvent été compliquées dans le passé. À maintes reprises, les talents de diplomate de
Luc Hoffmann se sont révélés cruciaux, notamment dans ses contacts avec la dictature
militaire grecque jusqu’à sa chute. Lorsque cette dictature prit fin, le parc national de
Prespa était quasiment fonctionnel.

En 1974, la dictature des colonels prend fin. On aurait pu penser que tout ce que leur gouvernement avait réalisé entre 1967 et cette date de 1974 allait devenir caduc…Heureusement, le projet de parc national a échappé à la règle.”
Luc Hoffmann, Président émérite de la MAVA

 

En 2000, le Parc transfrontalier de Prespa est créé en vertu d’une déclaration commune
des Premiers ministres des trois États riverains des lacs Prespa. Son objectif est de
préserver les valeurs écologiques de la région et de promouvoir la prospérité des
communautés locales, grâce à la collaboration des trois pays.